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Led Zeppelin I, l'un des premiers albums hard rock.

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Toni

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Led Zeppelin… Un nom chargé de légende sur la planète rock : innovateurs ultimes pour les uns, pilleurs sans vergogne pour les autres ; le Dirigeable a fasciné, fascine et fascinera encore pour longtemps, la faute à des hymnes rock intemporels sur lesquels, aujourd’hui encore, d’apprentis musiciens s’écorchent les doigts, se bousillent les articulations, chopent des ampoules ou encore se crament les cordes vocales que les doses (raisonnables) de bourbon n’ont pas encore réussi à protéger. Et oui, Led Zeppelin, plus que les téléviseurs jetés par la fenêtre des hôtels, plus encore que toutes ces groupies qui s’agglutinaient à eux telles des abeilles assoiffées de nectar, plus encore que la passion fantasmagorique de Jimmy Page pour les sciences occultes ; Led Zeppelin, c’est d’abord une musique ambitieuse qui réussissait à combiner le groove lancinant et grivois du rhythm’n’blues avec la puissance d’un rock’n’roll qui se durcissait beaucoup à la fin des années 60, même si cette définition ne saurait résumer l’ensemble de leur œuvre. Comme tous les grands groupes de rock qui ont marqué l’histoire, Led Zeppelin ne laisse personne indifférent, et c’est bien cela qui fait sa force. Pour comprendre à quel point ce premier album nommé Led Zeppelin I (très original) fut fondateur, un petit tour dans cette bonne vieille De Lorean s’impose : convecteur temporel réglé, plutonium chargé, c’est parti !
Led Zeppelin I sort officiellement le 12 janvier 1969, mais le groupe existe déjà depuis quelques mois… Au courant de l’été 1968, les Yardbirds, un des groupes fondateurs du British Blues Boom, se séparent. Leur guitariste, un certain Jimmy Page, ne veut pas en rester là, et cherche aussitôt à reformer son propre groupe sur les cendres encore chaudes des Yardbirds. Il sent bien que le contexte musical change : les Beatles s’essouflent, les Rolling Stones ont sorti leur remarquable Beggar’s Banquet, et la scène psychédélique est en effervescence, que ce soient les Américains du Jefferson Airplane ou les Anglais de Pink Floyd. Jimi Hendrix est déjà sur une autre planète mais, et c’est cela qui intéresse Jimmy Page, le rock se durcit de plus en plus : les groupes des anciens guitaristes des Yardbirds, à savoir Eric Clapton (Cream) et Jeff Beck (Jeff Beck Group), sont les plus représentatifs de cette évolution ; ça joue fort, ça groove dur, ça sature, les tempos ralentissent et la rythmique s’alourdit et, surtout, on s’inspire du blues des pionniers (Bo Diddley, Muddy Waters, Willy Dixon). On commence à parler de musique « heavy »…


Page doit agir vite… A cette époque, il n’a pourtant plus grand-chose à prouver : guitariste déjà accompli, il s’est fait sa réputation dans les studios londoniens avant d’intégrer les Yardbirds en 1966 ; il était l’un des musiciens de séance les plus respectés de l’époque, et travailla pour des artistes aussi variés que Marianne Faithfull, les Rolling Stones, les Who, Them et… Michel Polnareff (la Poupée qui fait non)! Ainsi Jimmy Page va profiter de cette expérience pour constituer son équipe de rêve. Le premier à le rejoindre est John Paul Jones. Musicien de studio accompli lui aussi, bassiste de son état (mais aussi claviériste, et surtout subtil arrangeur), il connaît bien Page pour avoir déjà travaillé avec lui. Comme lui, sa situation de musicien de studio branché de Londres lui procure une situation confortable, mais il aspire à une plus grande liberté artistique. Ayant eu vent des projets de Page, Jones lui propose naturellement ses services et rejoint l’équipe. Bonne pioche donc, manque un batteur et un chanteur. Pour ce dernier, Page fait appel à ses contacts mais les deux candidats (à savoir Steve Marriott et Terry Reid) ne sont pas disponibles. Reid, reconnaissant, suggère tout de même un de ses amis à Page… L’ami en question, c’est Robert Plant, chanteur-hurleur de blues traditionnel au physique élancé et à la longue chevelure blonde. Page va le voir sur scène, est conquis et se demande pourquoi il n’est toujours pas connu. C’est ce que l’on appelle avoir du flair, et Plant est embarqué à bord du vaisseau. Page portait son choix sur BJ Wilson, batteur de Procol Harum, mais Plant suggère son ami et ancien collègue : John Bonham. Ancien maçon, le colosse a écumé les clubs des Midlands avant de devenir musicien à plein-temps chez Tim Rose. Marié, il hésite à lâcher son travail durement conquis mais finit par accepter le défi face aux insistances des autres membres.


Ca y’est, l’équipe est en place. Après une première répétition décisive dans un immeuble de Gerrard Street (aux dires de Page, les répétitions en vue de l’enregistrement du premier album ont débuté le jour même), le groupe part presque immédiatement faire ses armes sur les routes… car Page doit honorer des dates de concert prévues en Scandinavie pour ses Yardbirds tout au long du mois de septembre 1968. N’ayant pas eu le temps de trouver un nom adéquat pour le groupe, le futur Led Zeppelin joue ses premiers concerts sous le nom (très original) de « New Yardbirds ». Les musiciens profitent de cette tournée pour peaufiner leur style avant d’enregistrer leur premier album et, face au manque de nouvelles compositions, étirent les morceaux en longues jams improvisées et en medleys blues/rock’n’roll bien sentis. C’est un succès : la puissance sonore du groupe et leur réinterprétation des standards blues et rock font mouche, tout comme l’une de leurs compositions nommée "Dazed And Confused" (Page bluffe tout le monde en jouant avec un archet de violon au milieu du morceau). Hyper confiant pour la suite et gonflé par l’accueil du public, c’est un nouveau groupe qui rentre du pays des Vikings. Sont avancés des noms aussi grotesques que The Potatoes, The Vegetables, ou encore Mad Dogs, mais Page se souvient d’une boutade de Keith Moon après la session de "Beck’s Bolero", commandée par Jeff Beck ; surpris par la puissance sonore dégagée ce jour-là, Moon implore ses collègues de former un groupe sur le champ, même s’il devait s’écraser comme un « lead balloon » (ballon de plomb), ou un « lead zeppelin » (dirigeable de plomb). L’idée de l’antithèse lourdeur/légèreté plaît, et singe le groupe de rock lourd américain Iron Butterfly, qui cartonne au même moment. Les New Yardbirds sont morts, vive Led Zeppelin ! Il est désormais temps de graver l’album qui témoignera des événements qui eurent lieu depuis la répétition de Gerrard Street...


Bien préparé par cette première tournée scandinave, le groupe entre aux Olympic Studios de Londres au mois d’octobre 1968 et plie l’affaire en… 36 heures. Alors là on se dit que ça va être bâclé, et bien c’est tout le contraire. Le tout possède une cohérence formidable pour un groupe aussi jeune, car si Page est le doyen (24 ans), John Paul Jones n’a que 22 ans, et Robert Plant et John Bonham 20. La première chose qui frappe d’emblée est le son, incroyablement novateur pour l’époque : dense mais précis, puissant et chaud. Et plus particulièrement le son de batterie, qui ouvre le premier morceau de l’album, "Good Times Bad Times". C’est précis, ça claque, et les roulements effectués à la grosse caisse par Bonham (avec un seul pied s’il vous plaît) introduisent le couplet. La puissance dégagée est phénoménale. Il suffit d’écouter les disques des groupes considérés comme « heavy » à cette époque, à savoir Cream, le Jeff Beck Group ou même Hendrix, pour se rendre compte que malgré tout leur talent, leur son ne leur rend justice qu’à moitié. Là, c’est un véritable déluge sonore auquel on assiste, complètement impuissant, abasourdi par cette batterie surpuissante qui vous cale la tête contre le mur, cette grosse basse gourmande groovy à souhait, cette guitare furibarde et gueularde qui nous gratifie d’un solo court mais incroyablement intense, et ce chant si blues dans l’esprit mais tellement différent de ce que l’on connaît à l’époque ; Robert Plant interprète les paroles d’une manière très théâtrale, presque caricaturale, pousse des hurlements suraigus que seule une Janis Joplin pouvait sortir, et utilise sa voix comme un instrument à part entière, sous forme de questions-réponses avec la guitare. La place est laissée à tous les instruments, ce n’est plus le chant qui domine la chanson, et le résultat vous explose à la figure telle une grenade allemande. Après cette courte mais folle déclaration d’intention, "Babe I’m Gonna Leave You", reprise de Joan Baez, la muse des folkeux et hippies de l’époque, instaure un calme bienvenu et surtout inattendu : le groupe établit là une formule qui fera date, à savoir le mélange entre morceaux de rock durs et ballades/slows poignants que ne renieront pas Scorpions, Guns N’Roses ou encore Queen. La structure acoustique/électrique fait son effet et fonctionne bien, nous préparant à l’éruption qui suit. Une guitare bourrée d’échos et suramplifiée démarre ; voici "You Shook Me", du célèbre bluesman Willie Dixon, reprise par la plupart des groupes britanniques de l’époque dont le Jeff Beck Group sur son album de blues lourd Truth. Mais un monde sépare cette dernière, traditionnelle dans l’approche, de la version de Zeppelin, qui ne garde de blues que la structure en 12 mesures : les effets d’écho de la guitare, la puissance de la batterie et la lourdeur de la basse sont du jamais vu ; et puis que dire de ces hurlements à la fin du morceau proférés par Robert Plant auxquels la guitare de Page s’empresse de répondre, le tout sur des effets reverse donnant un côté sombre et menaçant à ce vénérable blues. A peine le temps de souffler que l’enchaînement se fait sans discontinuer sur LE morceau de l’album, le 1er classique zeppelinien : "Dazed And Confused". Un morceau grandiose immortalisé par cette ligne de basse hypnotique et menaçante ; par un passage central psychédélique à souhait, où Page fait étalage de ses talents en tirant des sons criards et dissonants par l’utilisation d’un archet de violon ; puis par une accélération brutale doublée d’un solo de guitare héroïque. La face A (pour les puristes qui, comme moi, possèdent le vinyle^^) se termine, le temps pour le pauvre (mais heureux) auditeur de respirer un peu après cette déferlante. Déjà conquis, on en redemande et on se dit : que peut bien nous réserver la suite ?


C’est une grande surprise doublée d’une sorte d’incompréhension qui s’installe à l’écoute de ces notes d’orgue funéraire étranges et peu rassurantes qui ouvrent la face B ; un climat « Dracula » se met en place progressivement mais prend fin subitement lorsque la batterie de Bonham fait son entrée. Chanson au ton finalement plus pop, "Your Time Is Gonna Come" ne restera pas dans les annales car maladroit et peu adapté à l’ambiance générale de l’album… Des chœurs juvéniles ponctuent la chanson et l’on bascule sans transition vers un univers que l’on ne s’attend absolument pas à trouver ici, à savoir le folk traditionnel : Jimmy Page fait ici référence à l’une de ses idoles, le guitariste écossais Bert Jansch et son album Orion, également membre du groupe Pentangle. "Black Mountain Side" et son accordage de guitare mystérieux (le DADGAD, qui sera réutilisé sur "Kashmir") rappelle fortement le "Black Water Side" du même Jansch mais peu importe ; la guitare précise de Page soutenue par des rythmes de tablas nous emmène vers de mystérieuses et anciennes sonorités celtico-orientalisantes dont la poésie est plus que bienvenue. Le morceau est à peine fini que la bagarre reprend là où elle s’était terminée, c'est-à-dire à la fin de la face A. Et là, c’est le deuxième choc auditif, "Communication Breakdown" : une introduction punk avant l’heure donne envie de secouer la tête ; le rythme est martial, rapide, le refrain accrocheur, porté par une ligne de basse mélodieuse et groovy, et le chant est complètement hallucinant de folie pure et de hargne. Page nous gratifie d’un solo diablement rapide et le morceau se termine avec des chœurs effectués, chose rare et peu réutilisée dans les albums qui suivront, par les autres membres du groupe! Un morceau qui, pour le coup, définit pratiquement ce nouveau son appelé « heavy » à l’époque, mais qui sera bientôt appelé hard-rock. Le blues lent qui suit vise à calmer les nerfs avant le final. "I Can’t Quit You Baby", autre reprise de Willie Dixon, n’est pas le plus réussi du disque (les versions lives que l’on trouve sur l’officiel BBC Sessions ou sur les bootlegs de l’époque sont nettement supérieures) même si le feeling est présent. Place au final donc, "How Many More Times". Véritable célébration du blues et du rock’n’roll, elle donne un aperçu de l’alchimie qui eut lieu lors de cette fameuse première répétition à Gerrard Street. Bizarrement ce titre n’est pas resté dans la postérité, alors que c’est un de leurs meilleurs. Chacun fait étalage de ses talents, en particulier Bonham, omniprésent. Entre montées de cymbales, breaks monstrueux de précision et groove impeccable, le batteur colle l’auditeur contre le mur, littéralement. Construite autour d’un riff de basse repris par Page, le morceau est un bricolage de "The Hunter" (Albert King), "How Many More Years" (Howlin’ Wolf) et "Shapes Of Things" (The Yardbirds). Le résultat sonne pourtant live et spontané, et file une patate d’enfer : c’est une excellente conclusion à l’orgie sonore à laquelle on vient d’assister, et un condensé parfait de ce que propose un Led Zeppelin encore tout jeune.


L’album se termine, on est éreinté et on respire quelques secondes ; on se rend compte alors que les voisins hurlent et que les sirènes de police se reflètent dans la vitre mais qu’importe ; on se sent bien, complètement vidé. C’est frais et libérateur ; le plaisir qu’a du prendre le groupe à mettre ces morceaux en boîte est vraiment palpable. Même en 2012, l’effet est toujours là. C’est peut-être ça un grand disque. Jimmy Page en est l’orchestrateur mais aussi et surtout le producteur : il est parvenu à enregistrer le groupe comme s’il jouait live, et c’est lui qui a donné cette ampleur titanesque à la batterie de John Bonham, notamment en doublant les micros pour lui donner plus de relief. Ginger Baker (Cream), Keith Moon (The Who) ou John Densmore (The Doors) n’ont absolument rien à envier à Bonham, mais la production de Page fait que ce dernier semble débarquer tout droit de la planète Titan.


Alors pourquoi ne pas donner 5 étoiles à cet album après tant d’éloges ? Et bien c'est difficile à admettre mais Led Zeppelin fera encore mieux par la suite. De plus, certains morceaux ne sont pas vraiment indispensables ("Your Time Is Gonna Come"), tandis que d’autres perdent de leur impact après plusieurs écoutes (l’alternance caresses/claques de "Babe I’m Gonna Leave You" aurait gagné à être utilisée moins systématiquement par exemple). Ce qui est plus dommageable, c’est que seules 3 chansons sont de réelles compositions, ce qui fait peu malgré la qualité et l’originalité des reprises ; les reproches de plagiats qui seront souvent adressés au groupe dans le futur en découlent. On peut aussi constater que les paroles ne sont pas encore abouties (Plant se contente de reprendre des bribes de paroles empruntées au blues, comme s'il improvisait). Mais à côté de ça, Led Zeppelin I concrétise la vision d’un rock lourd et bruyant, « heavy », déjà abordé mais pas complètement accouché par Cream, le Jeff Beck Group ou encore Canned Heat. La raison principale en est ce son, complètement nouveau pour l’époque, mais aussi l’alchimie formée par le mélange de musiciens de studio chevronnés (Page et Jones) et de musiciens live capables d’improviser et habitués à jouer fort pour se faire entendre (Plant et Bonham). Oui, Led Zeppelin a emprunté la musique des bluesmen, mais ils l’ont surélectrifié, créant au passage un genre totalement nouveau : le hard-rock. Ce n’est qu’un an plus tard que Deep Purple sortira le sauvage In Rock et que Black Sabbath inventera le métal avec son Paranoid, alors rendons à César ce qui lui appartient car c’est bien Led Zep qui a tiré le premier…


Le visuel de la pochette du Led Zeppelin I a elle aussi contribué au succès de cet album. Il s’agit d’une photo retouchée du dirigeable allemand Hindenburg qui s’est écrasé lors de son unique voyage aux USA (pas de chance...). Le rendu est aussi phallique que la musique du groupe, bien décidé à envahir l’Occident, en écho aux dirigeables allemands de la Première Guerre Mondiale qui avaient bombardé Londres. Rarement le premier album d’un groupe n’a été aussi abouti, et si Led Zeppelin n’a pas entièrement inventé le hard-rock (Cream ou encore le Jeff Beck Group en ont jeté les bases), c’est lui qui l’a popularisé à travers cet album, avec un son incroyablement novateur et puissant, décuplant la force initiée par ces 2 autres groupes par 10. Et c’est ça le rock.
Toni

Led ZeppelinI
( Sortie: 12/01/1969 - Atlantic / Warner - Genre : Blues, Folk and Heavy Rock -
Producteurs : Jimmy Page ) La note des auditeurs d'Anwarock webradio: 4,6 /5
Tracklist: 1- Good Times, Bad Times / 2- Babe, I'm Gonna Leave You / 3- You Shook Me / 4- Dazed And Confused / 5- Your Time Is Gonna Come / 6- Black Mountain Side / 7- Communication Breakdown / 8- I Can't Quit You Baby / 9- How Many More Times.

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